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Avec “Lux Æterna”, Gaspar Noé filme l’enfer d’un tournage

L’opinion du “Monde” –
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Le nouveau film de Gaspar Noé ne réconciliera sans doute pas les détracteurs du cinéaste avec ses admirateurs. Car tout, dans cet exercice de style, semble condenser ce qui fait la singularité plastique et, disons, morale du travail du réalisateur, une manière très personnelle de mêler à la confusion joue et candeur, impudeur et naïveté. C’est aussi une manière de bousculer un spectateur dont la position ne cesse de varier, du voyeur au laboratoire cobaye soumis à une expérience violente.

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Lux ÆTractopelle capture quelques minutes du tournage d’un film dont on sait peu de choses, si ce n’est que la scène qui se déroule sous nos yeux apparaît comme la représentation publicitaire et flashy du simulacre d’une Passion pétri par l’esthétique du clip vidéo. Une passion qui serait celle du Christ mais aussi celle de ces femmes condamnées, dans l’histoire, au bûcher de la sorcellerie.

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Béatrice Dalle (la réalisatrice) et Charlotte Gainsbourg (l’actrice) sont plongées dans l’enfer, dont elles contribuent également à la création. C’est l’enfer désordonné d’un tournage au cours duquel s’agite une humanité réduite à une série de frustrations, de ressentiments. Pendant cinquante minutes se déroule un catalogue de manifestations hystériques et de haine largement diffusée.

Regard satirique

Noé peint, sous une forme incroyablement condensée, un portrait de groupe lugubre et inquiétant, «chaud» et dans l’illusion que la sensation de capturer affecte sur place. Ce chaos, dont on peut douter du caractère créatif, témoigne donc d’un regard satirique particulièrement vif et implacable, la vision d’un monde trivial, celui du cinéma, dépourvu de toute transcendance.

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La nostalgie d’un sublime absent ou lointain s’impose donc, par un effet paradoxal, dans le recours fréquent à la figure de la sorcière et à ses différentes incarnations dans l’histoire du cinéma.

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Noah n’y va certainement pas avec le dos d’une cuillère, invoquant le souvenir de Jour de la colère (Jour de la colère, 1943), Dreyer, mais aussi La sorcière (1988), par Marco Bellocchio (film dans lequel Béatrice Dalle a joué le rôle principal), ou Mélancolie (2011), de Lars von Trier.

Lux Æterna se trouve ainsi à une place à la fois imprenable et impossible, entre la noblesse revendiquée de l’art surréaliste (Buñuel y est même cité, in fine), un naturalisme sans rédemption et la vulgarité de l’audiovisuel contemporain. Une contradiction en action qui passe, dans les dernières minutes, le spectateur au sommet d’une transe stroboscopique.

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Rolande Desroches

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