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Sur le port du masque, le tâtonnement politique permanent face à la complexité scientifique

TwentySeven via Getty Images

Le port d’un masque obligatoire à l’extérieur, ou même lors d’une activité impliquant des mouvements, ne suit pas vraiment les recommandations scientifiques actuelles.

SCIENCE – La mesure sera en vigueur depuis moins d’une heure. Suite aux annonces de Jean Castex et d’Olivier Véran visant à endiguer l’épidémie de coronavirus, le le port du masque est rendu obligatoire dans tout Paris et la proche banlieue ce vendredi 28 août à 8h. À l’origine, cette règle s’appliquait également aux personnes à bicyclette et aux joggeurs, mais à 9 heures du matin, la préfecture de police a finalement clarifié que le masque “ne sera pas requis” pour les personnes «exerçant une activité physique à des fins de course à pied ou de vélo».

Il faut dire que cette partie de l’appareil avait été critiquée par les utilisateurs et la mairie de Paris, mais aussi par de nombreux médecins et virologues qui a trouvé cette obligation inutile face à Covid-19. Un backpedal express qui n’est que le dernier épisode d’une longue série autour de l’utilité du masque pour empêcher la progression du coronavirus Sars-Cov2 pendant huit mois.

Ce tâtonnement permanent, s’il n’est pas exempt d’erreurs de jugement ou de choix discutable, c’est le moins qu’on puisse dire, s’explique aussi par la complexité de la recherche scientifique, notamment face au Covid-19.

Épisode 1: Le masque inutile

Lorsqu’en janvier, le coronavirus émerge à Wuhan, en Chine, le gouvernement se veut rassurant afin d’éviter une supposée réaction de panique de la population: le masque «ne protège pas du tout» et est «totalement inutile pour les non contaminés», a affirmé puis la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn.

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Il est vrai qu’à l’époque, la communauté scientifique avait peu de raisons de croire que le port du masque généralisé était une arme particulièrement efficace contre Sars-Cov2. Contre d’autres maladies respiratoires, et plus particulièrement contre son prédécesseur de 2003, le SRAS (Sars-Cov1), son efficacité n’a jamais été prouvée avec des études sans équivoque et, surtout, elle n’est vraiment utile que pour prévenir une infection, symptomatique, pour infecter les personnes qui l’entourent .

Mais l’histoire a montré que ce coronavirus ne fonctionne pas de la même manière. La plupart des études convergent aujourd’hui dire que ce coronavirus contamine par gouttelettes, mais semble aussi infecter via l’air ambiant s’il est stagnant, mal ventilé. Surtout, et c’est l’argument principal justifiant un port généralisé du masque, on sait avec certitude qu’une personne est contagieuse pendant la période d’incubation, c’est-à-dire avant d’avoir développé des symptômes. En cachant tout le monde, nous nous assurons de réduire le risque qu’une personne, même asymptomatique, infecte une autre.

Épisode 2: masque obligatoire et incohérences

Il a fallu plusieurs mois aux chercheurs pour commencer lentement à dégager un premier consensus sur ces questions. C’est normal, c’est ainsi que fonctionne la science: en accumulant de plus en plus de preuves solides.

Pendant des semaines, le gouvernement a donc continué à insister sur le fait que le masque du grand public était inutile. Un message venu au bon moment alors que la pénurie se faisait sentir dans les hôpitaux et la gestion des stocks du gouvernement a été critiquée.

Après un “mentir pour une bonne cause”Et tandis que le le discours scientifique évoluait de plus en plus vite début avril, le gouvernement a progressivement changé d’avis pour inciter le grand public à porter des masques, même faits maison.

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Les preuves de l’utilité du masque dans les espaces encombrés ou fermés ont continué à s’accumuler, Conseil scientifique à OMS. Plusieurs semaines plus tard, alors que les premiers frissons faisaient craindre une reprise de l’épidémie, Emmanuel Macron a finalement annoncé, mi-juillet, que le port du masque est devenu obligatoire dans des espaces publics clos.

Mais même là, le discours n’est pas clair et plein d’essais et d’erreurs: au cinéma et au théâtre, dans les restaurants, dans les entreprises … de nombreuses exceptions existent. Si elles peuvent sembler logiques pour favoriser une reprise économique encore faible, ils sont incompréhensibles d’un point de vue scientifique.

Épisode 3: Au-delà de la science

Cependant, la courbe des cas a continué de grimper, nécessitant d’autres mesures de santé publique. À la mi-août, le gouvernement a annoncé que le masque serait obligatoire dans entreprises à partir du 1er septembre. Une décision qui fait ici aussi suite au discours scientifique: le masque sera systématisé dans des «environnements clos et partagés». De même, Jean Castex a annoncé l’obligation de masque, même assis, dans les cinémas et les théâtres le 26 août.

Mais face à l’augmentation continue des cas et aux craintes d’une seconde vague, les autorités locales et nationales sont allées encore plus loin en rendant les masques obligatoires à l’extérieur dans de nombreuses villes. Partir, cette fois, ne pas attendre la science.

Comme nous l’avons précisé fin juillet, si les études se multiplient sur l’utilité du masque et le risque de transmission par gouttelettes et par l’air à l’intérieur, la possibilité de contamination à l’extérieur est encore très énigmatique. Très peu d’études font état de la formation de grappes en plein air.

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Dans étude Publié le 16 avril (non évalué par des pairs), des chercheurs japonais ont analysé 110 cas dans 11 groupes avant les premières mesures de confinement rigoureuses. «Les risques qu’un cas primaire transmette le Covid-19 dans un environnement fermé sont 18,7 fois plus élevés par rapport à un environnement extérieur», affirment les chercheurs.

Dans autre travail Pré-publiés début juin, les chercheurs ont tenté d’analyser l’origine des clusters qui ont fait l’objet d’une analyse via une étude scientifique. Sur les 201 flambées épidémiques identifiées, 22 types de localités ont été identifiés. Un seul était extérieur uniquement: un chantier de construction. Dans base de données maintenus par des volontaires essayant de répertorier tous les épisodes de super contamination (lorsqu’une personne en infecte plusieurs), trois grappes se sont formées à l’extérieur sur plus de 1400 recensées.

Cependant, l’absence de données ne prouve pas l’absence de risque, surtout si de nombreuses personnes sont regroupées depuis longtemps dans la même zone. Contrairement au début de l’épidémie, les autorités françaises ont choisi, petit à petit, d’aller plus vite que la science plutôt que de suivre, parfois trop tard, le consensus scientifique.

L’objectif: un message clair (le masque est partout et tout le temps), facile à appliquer. Au risque de revenir en arrière comme avec l’épisode de vélo ou de jogging, ce qui n’aide pas vraiment à clarifier le message.

Voir aussi sur Le HuffPost: Classement des masques en fonction de leur efficacité contre le coronavirus

Alveré Paquet

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