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Covid-19: la stratégie de la Suède était-elle juste?

La gestion suédoise de l’épidémie de Covid-19 est-elle exemplaire? C’est ce que l’on pourrait comprendre en voyant les chiffres d’infection plutôt bas dans le pays, alors qu’une bonne partie de l’Europe fait face, en ce mois de septembre, à une résurgence des contaminations – et instaure de nouvelles restrictions. .

Un résultat surprenant, puisque la Suède est l’un des rares pays européens à ne pas avoir imposé de confinement strict, et qu’elle n’impose toujours pas, aujourd’hui, le port de masques en dehors des établissements de santé. Mais le succès de cette stratégie apparemment «laissez-faire» est, en fait, beaucoup plus nuancé, et peut s’expliquer par la culture locale.

À première vue, la situation en Suède suffit à faire rêver ceux qui ont eu du mal avec les stricts confinements français, italiens ou espagnols. En Suède, seuls les rassemblements de plus de 50 personnes ont été interdits par les autorités politiques. Concrètement, aucun confinement n’a été imposé aux Suédois. Les écoles sont restées ouvertes. Les magasins, bars et restaurants ont été autorisés à accueillir les clients. Tout cela sans chèques ni amendes.

Pas d’enfermement imposé mais une durée de vie réduite

Cela ne signifie pas pour autant que les Suédois se soient tous librement réunis et massés au bureau et dans les théâtres. «En fait, la Suède a confiné son pays et son économie, mais d’une manière différente des autres pays. Sa démarche est d’auto-maîtrise: le pays n’a pris aucune décision politique, à part interdire les rassemblements et fermer les écoles au-delà de 16 ans. Toutes les autres mesures n’ont fait l’objet ni de règlements ni de décrets », confie Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur. de l’Institut pour la santé mondiale de la Faculté de médecine de l’Université de Genève.

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Covid-19: pourquoi la Suède n’impose pas le port de masques

C’est l’Agence suédoise de santé publique (PHA), l’équivalent de Santé publique France, qui a émis des recommandations sur la distanciation sociale, le télétravail ou la protection des personnes âgées, considérées comme plus fragiles. «Les avions ont pu continuer à voler, mais faute de passagers, il s’est arrêté. 80% du trafic autoroutier a été réduit. La fréquentation était d’environ 25% dans les bars. De nombreuses entreprises non essentielles ont été fermées, non par décret, mais faute de clients », explique le professeur Flahault.

«La plupart des mesures sanitaires étaient volontaires, mais elles ont été suivies par le public», confirme l’épidémiologiste suédois Jonas Ludvigsson, dans son étude analysant l’évolution de la stratégie suédoise au cours des huit premiers mois de l’épidémie, publié ce lundi.

Une stratégie à long terme «efficace»

Comment expliquer une telle application de mesures sans menace d’amende, ni de sanction, comme en France ou chez ses voisins? «Cela tient principalement à la grande confiance placée par le public dans le gouvernement, ses agences de santé», justifie le spécialiste. “Une enquête réalisée en mai 2020 a noté que 80% des personnes interrogées avaient une confiance élevée ou modérée dans le système de santé suédois et l’Agence de santé publique”, ajoute-t-il.

C’est grâce à cette confiance qu’Anders Tegnell, l’épidémiologiste à la tête de cette agence, peut maintenir cette stratégie considérée comme unique en Europe, mais qu’il juge satisfaisante. Aujourd’hui, le pays enregistre un taux d’infection journalier (entre 150 et 300 depuis mi-août pour 10 millions d’habitants) bien inférieur à celui de la France (de 3000 à 14000 cas sur la même période, un chiffre 20 à 47 fois plus élevé, pour près de sept fois plus d’habitants) et ses voisins.

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De quoi convaincre également le public suédois, comme d’autres experts, sur la question. «Comme il est dans l’intérêt de chacun de se protéger et de protéger ceux qu’il aime du virus, il me semble qu’éduquer les gens et leur faire confiance dans leur capacité à être responsables de leur propre sécurité est une bonne chose. stratégie pour survivre à une pandémie », assure la sociologue Charlotta Stern, professeur à l’université de Stockholm, qui a notamment étudié la gestion de la crise sanitaire du pays.

«Cette stratégie est efficace, car elle a permis d’éviter un effondrement de notre système de santé et, en même temps, de garder nos écoles ouvertes. À long terme, c’est la bonne stratégie pour la Suède », reconnaît Jonas Ludvigsson. Cette stratégie aurait-elle aussi permis d’acquérir une immunité collective plus forte qu’ailleurs? «L’immunité collective n’a en aucun cas été un objectif pour les autorités», rappelle-t-il.

Beaucoup de morts

Il admet, en revanche, qu’il y a eu quelques échecs dans la gestion suédoise de la crise. Aujourd’hui, la Suède compte plus de 5 800 décès, ce qui la classe parmi les pays les plus durement touchés par rapport à son nombre d’habitants.

La plupart de ces décès sont survenus au printemps, au plus fort de la crise, et les victimes étaient, pour la plupart, des personnes âgées. «Nous n’étions pas dans les bonnes conditions et n’avions pas les bonnes qualifications pour protéger les personnes âgées, notamment celles des maisons de retraite», confie Jonas Ludvigsson. Un problème rencontré dans de nombreux autres pays accablés par l’épidémie au cours de la même période.

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Or, aujourd’hui, cette stratégie «pas de décrets, seulement des recommandations individuelles» – qui, sur certains points, rejoint également celle de nombreuses démocraties asiatiques, comme le Japon, la Corée du Sud, Taiwan ou Singapour, selon Antoine Flahault – est scrutée de près dans le reste du monde. “La plupart des pays sont aujourd’hui intéressés par une sorte de combinaison entre l’approche suédoise et l’approche allemande, qui a beaucoup plus promu des stratégies de test et des mesures de barrière, comme le port d’un masque”, assure-t-il. professeur, basé en Suisse.

Attention cependant: ces approches pourraient s’appliquer différemment selon les populations. «Cela ne se décrète pas, cela demande la confiance dans la population et la préparation, l’acculturation, qui ne s’invente pas en deux jours. Le politique ne peut pas décider que la stratégie sera dorénavant la maîtrise de soi, même s’il en rêve. Pour avoir le soutien de la population, il est organisé avec le soutien des autorités scientifiques », prévient le professeur.

Il rappelle également qu’à tout moment la situation et les décisions prises en Suède peuvent changer – comme partout ailleurs. «L’histoire nous dira si l’approche suédoise était la bonne», conclut Jonas Ludvigsson dans son étude.

François Faure

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