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Gilles Simon, le douloureux qui se regardait jouer

C’était à Bercy, en 2015. Gilles Simon s’est incliné en deux sets contre le numéro un mondial, Novak Djokovic. En quittant le terrain, interrogé à chaud, le Français avait livré une analyse précise et précise de son match qui s’était terminé une poignée de secondes plus tôt, qu’il donnait l’impression d’avoir effectué cette analyse avec trois jours de recul et un en débriefing vidéo en profondeur.

On n’avait pas attendu ce jour-là pour découvrir cette capacité avec le Niçois, mais c’était particulièrement bluffant dans ses propos après ce match précis. Comme s’il avait regardé son match en même temps qu’il y jouait. C’est peut-être ça, Gilles Simon: l’homme qui a regardé ses propres matchs.

Trois mois plus tard, Djokovic et Simon remettaient la couverture en huitièmes de finale de l’Open d’Australie et si le Djoker sortait à nouveau victorieux, il lui faudrait cinq sets, quatre heures et demie de jeu avec, au passage, 100 erreurs non forcées. “Gilles a un jeu difficile, qui n’est pas orthodoxe, dira alors le Serbe. Cela vous oblige presque toujours à jouer une autre frappe, ce qui augmente le risque de faute. “Un bon résumé. Un douloureux, ce Simon, qui, tout au long de sa carrière, a dû utiliser des atouts que d’autres n’avaient pas, ou moins, car il lui manquait ce coup fort qui rend la vie tellement plus facile. Sur un court métrage.

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Djokovic à Simon: “Gilou, tu m’as fait baver!”

Crédits: Getty Images

«J’ai dû trouver des points faibles de l’autre côté»

Certains ont une première balle dévastatrice. D’autres ont frappé le mur d’un coup droit. Gilles Simon n’avait rien de tout cela. Mais il restera sans aucun doute l’un des joueurs les plus “intelligents” de sa génération. Sa capacité à déchiffrer le jeu adverse et le jeu en général et sa compréhension du tennis lui ont permis, sans coup dur, de grimper à la 6e place mondiale.

Dans son livre, “Ce sport qui rend fou”, le Niçois nous assure: tout est arrangé. La technique, le physique, le mental. Mais dans cette qualité, quelle est la part de l’inné et de l’effort dans le temps? Lui-même a du mal à apporter une réponse définitive, comme il nous l’a dit:

Tout fonctionne. Mais nous avons forcément des prédispositions. Il y a des secteurs où nous sommes naturellement plus forts, pour différentes raisons. Enfant, j’étais plus petit que les autres, j’avais du mal à m’appuyer sur les points forts, donc je devais trouver des points faibles de l’autre côté. Est-ce cela qui m’a fait aborder le tennis de cette façon et qu’il s’est développé ou l’avais-je déjà en moi avant de le développer? Ce n’est jamais facile à dire. Le fait est que oui, c’est l’une de mes plus grandes forces dans le domaine. Peut-être parce que ça fait partie de mon histoire, probablement aussi parce que je n’avais pas le choix. ”

“Si mon esprit s’égare, c’est fini”

Le revers de la médaille, cet atout indispensable à la performance, Gilles Simon pouvait le voir s’évaporer sur le court s’il ne maîtrisait pas ses nerfs. C’est Jan De Witt, qui était son entraîneur depuis 2013, qui a souligné cet aspect des choses. “Jan m’a très bien compris, explique Simon. Il était venu me voir m’expliquer mon jeu, qu’il avait compris très précisément. Il savait où il voulait aller avec moi. Et il a très vite mis le doigt sur quelque chose aussi: ce sens tactique était une très grande force, mais il pouvait disparaître instantanément quand je me mettais en colère.. ”

Trite, après tout. Un joueur qui se met en colère perd le plus souvent ses moyens. Mais il peut les trouver rapidement. “Pour certains c’est différent, note-t-il. Un mec très énervé, si son point fort est le service et qu’il envoie un premier à 220, ça le libère, ça va mieux. ”

Dans le cas de Gilles Simon, relancer une spirale positive était plus complexe que pour d’autres. “Moi, quand je commence à devenir fou, je perds ma plus grande force, reprend le français. Je ne pense plus, je passe à autre chose et je n’utilise pas du tout cette force. Si je ne suis plus calme, si mon esprit vagabonde, c’est fini. Là, je subis complètement le jeu. Il se présente à moi mais il n’y a rien de plus. J’avais toujours besoin d’être calme pour que cette qualité s’active, et ce n’était pas toujours facile«Ce sport vous rend fou, comme l’écrit Gilles Simon, mais il aura rendu certains adversaires fous dans sa carrière.

Gilles Simon

Crédits: Getty Images

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Raimunde Michaud

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