Économie

La Banque centrale européenne lance une consultation sur la création d’un euro “numérique”

L’euro numérique, un projet dynamisé par la pandémie – Spoutnik / SIPA

La Banque centrale européenne (BCE) lance lundi une consultation publique et une série de tests pour réfléchir à la création d’un
euro numérique. La pandémie et le développement des paiements dématérialisés ont dynamisé ce projet, à l’étude depuis un certain temps.

L’euro «numérique» serait une forme électronique de monnaie de banque centrale, existant à côté des espèces. Les particuliers et les entreprises pourraient stocker ces devises dans un «portefeuille numérique». Il est envisagé qu’ils puissent déposer cette monnaie directement auprès de la banque centrale, dont l’accès a jusqu’à présent été limité aux banques commerciales.

Blockchain sans la volatilité des crypto-monnaies

Il “permettrait à chacun d’effectuer des paiements quotidiens rapidement, facilement et en toute sécurité”, indique la BCE dans un récent rapport. Ses promoteurs soutiennent que les transactions seraient beaucoup plus rapides, voire instantanées, puisqu’elles ne nécessitent pas de règlement interbancaire, et donc disponibles 24h / 24 et 7j / 7.

Son mécanisme pourrait être basé sur la technologie blockchain (blockchains, un protocole informatique réputé infalsifiable), sur laquelle sont déjà basées des monnaies virtuelles comme le bitcoin, mais sans la volatilité des crypto-monnaies.

Soutenez l’explosion des paiements sans papier

La BCE veut accompagner l’explosion des paiements dématérialisés, amplifiée avec la pandémie Covid-19. Même en Allemagne, un pays où l’argent liquide a longtemps été roi, en 2020, les consommateurs ont dépensé plus d’argent en cartes pour la première fois.

La BCE craint que cet engouement ne profite aux monnaies virtuelles privées ou aux devises étrangères. En 2019, le projet de Facebook de créer une monnaie virtuelle, le Balance, “A précipité la réflexion des banques centrales”, affirme Frederik Ducrozet, expert chez Pictet Wealth Management.

Renforcer la souveraineté financière de l’UE

De plus, plusieurs pays comme la Chine ou les États-Unis ont commencé à envisager sérieusement d’émettre leur propre crypto-monnaie, poussant la BCE à organiser une réponse. Le président du groupe de travail, Fabio Panetta, estime qu’un euro numérique renforcerait la souveraineté financière de l’UE.

Cet euro numérique serait également un nouveau canal pour les politiques monétaires de la banque centrale qui aurait un accès direct aux citoyens et pourrait donc, notamment en fixant un taux de rémunération, “stimuler directement la consommation des ménages ou l’investissement des entreprises”, écrit la BCE .

Un risque pour les banques nationales

Le principal risque est la fuite des épargnants vers cette nouvelle forme de monnaie, qui évite les coûts d’un compte de dépôt traditionnel, ce qui affaiblirait les banques de la zone euro. Un risque d’autant plus important “en période de crise”, où les épargnants, défiant vis-à-vis du système bancaire, pourraient convertir leurs comptes courants, selon la BCE. Pour éviter cet écueil, l’institut propose notamment de limiter le nombre d’euros numériques que chacun pourrait posséder ou échanger.

De plus, «quel est le niveau d’anonymat souhaité? Cela concerne à la fois le respect de la vie privée et la lutte contre le blanchiment d’argent, qui sont également des objectifs légitimes de la société. Ce n’est pas aux banques centrales de dire ce qui est le plus important. Il faut donc une discussion politique », a déclaré dans un récent entretien Benoît Coeuré, ancien membre du directoire de la BCE et directeur du centre d’innovation technologique de la Banque des règlements internationaux (BRI).

Une période de 18 mois à quatre ans

La consultation, destinée à déterminer les attentes du grand public, du secteur financier et des institutions, durera trois mois. Des «tests» seront menés pendant six mois. La BCE décidera alors “vers la mi-2021” de lancer ou non l’euro numérique.

Mais même en cas de feu vert, il faudra alors “entre 18 mois et jusqu’à 3 ou 4 ans” pour voir l’initiative se concrétiser, selon une source proche du projet.

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Yseult Sauveterre

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