Science

le virus mute, qu’est-ce que cela signifie?

, publié le dimanche 20 septembre 2020 à 08h00

ÉCLAIRAGE. Le Sars-Cov-2 mute et ce n’est ni un bon ni un mauvais signe.

À ce jour, les mutations du coronavirus ne semblent pas avoir de conséquences notables.

Pourquoi un virus mute-t-il? Lorsqu’il pénètre dans une cellule, un virus se réplique: il se copie pour se propager.

À chaque réplication, des erreurs se produisent dans la copie du génome du virus, comme un «bogue» informatique. Mais cette erreur peut avoir ou non un impact plus ou moins grand sur le comportement du virus. La mutation peut être «favorable» au virus: elle l’aide à mieux survivre, ou «défavorable» (elle l’affaiblit par exemple). C’est ce qu’on appelle la sélection naturelle.

Les virus à ARN (matériel génétique proche de l’ADN), comme le Sars-CoV-2, mutent plus rapidement que les virus à ADN car leurs erreurs de codage sont plus fréquentes.

Les mutations rendent-elles le virus plus dangereux?

Cependant, les coronavirus mutent moins vite que les autres virus à ARN: jusqu’à présent, par exemple, Sars-Cov-2 mute deux fois plus vite que la grippe et quatre fois plus vite que le VIH, selon Emma Hodcroft, épidémiologiste de l’Université de Bâle (Suisse) , récemment cité dans la revue Nature.

Les scientifiques considèrent même que le nouveau coronavirus est génétiquement relativement stable. Mais ce qui compte, c’est si ces mutations ont des effets notables. Et s’ils rendent le virus plus «dangereux». Ces mutations le rendent-il plus contagieux? Plus pathogène, c’est-à-dire plus susceptible de vous rendre malade? Plus virulent, c’est-à-dire capable de rendre plus gravement malade? Moins vulnérable à un vaccin? Plus résistant à nos défenses immunitaires? …

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Le Sars-Cov-2 “mute tout le temps”

Des chercheurs du monde entier surveillent les mutations génétiques du coronavirus. Ils séquencent le génome des virus qu’ils trouvent et les partagent sur une base de données internationale, GISAID, un trésor de dizaines de milliers de séquences. Jusqu’à présent, rien n’indique clairement que le virus a muté de manière à modifier considérablement ses effets sur les humains.

Une chose est sûre: le nouveau coronavirus n’échappe pas à la règle et “mute tout le temps”, a expliqué cette semaine devant les sénateurs Marie-Paule Kieny, virologue, directrice de recherche à l’Inserm. “Le problème” est de savoir si ces “mutations changent la virulence ou pas?”, A ajouté son collègue Dominique Costagliola, épidémiologiste, également entendu au Sénat. Pour le moment, «nous n’avons pas de données» en ce sens.

“Pour l’instant, cela ne veut pas dire que ce ne sera jamais le cas, il ne semble pas que ces mutations aient une influence sur la pathogénicité de ce virus”, a ajouté Marie-Paule Kieny.

Pas forcément plus transmissible entre humains

Dans une étude publiée en juillet dans la revue Cell (après une ébauche au printemps), des scientifiques ont affirmé qu’une mutation permettait à la souche la plus courante du virus d’infecter plus facilement les cellules, grâce à une modification de la protéine S – la ” tip “qui lui permet d’entrer dans la cellule. Selon leur hypothèse, cette mutation pourrait rendre le virus plus contagieux, ce qui expliquerait sa propagation exponentielle.

Mais de nombreux scientifiques sont dans les limites, notant que la plus grande infectivité n’a été observée qu’en laboratoire et que ce travail ne prouve pas qu’une plus grande capacité à infecter les cellules rend plus contagieuse. La conclusion la plus stricte est donc que si cette souche est sans doute plus «infectieuse», elle n’est pas forcément plus «transmissible» entre les humains.

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Les auteurs ont également observé, chez les patients hospitalisés, que cette souche ne provoquait pas une forme plus grave de la maladie.

Quelles conséquences pour la recherche d’un vaccin?

Quant à l’hypothèse, formulée notamment en août par un scientifique singapourien, selon laquelle le virus deviendrait moins virulent, elle n’a pas été scientifiquement étayée. Là encore, une moindre gravité des symptômes peut s’expliquer par d’autres facteurs: moins de comorbidités, une meilleure prise en charge, etc.

Lorsque ses mutations modifient substantiellement “l’antigénicité” d’un virus, c’est-à-dire sa capacité à induire la production d’anticorps, les vaccins peuvent devenir inefficaces. Mais comme nous l’avons vu, le Sars-Cov-2 mute relativement lentement jusqu’à présent, ce qui à cet égard pourrait, en tout état de cause, être bonne nouvelle du côté des vaccins.

Un nouveau vaccin chaque année?

Pour le moment, “il ne semble pas (…) que ces mutations aient une différence dans ce qu’on appelle leur antigénicité”, toujours selon Marie-Paule Kieny. “La plupart des vaccins ont été fabriqués avec des virus correspondant aux premières souches de Wuhan, mais de nombreux chercheurs ou industriels ont tenté de tester si les anticorps qu’ils parviennent à générer avec leur candidat vaccin neutralisent également les nouveaux virus.”, A-t-elle poursuivi, “et ils voient qu’en effet, les nouveaux virus sont neutralisés aussi bien que les anciens.”

“Alors pour le moment, il ne semble pas que ces mutations, bien réelles, nous amènent à dire qu’il va falloir fabriquer, comme pour la grippe, un vaccin différent chaque année”, espère également le scientifique.

Rolande Desroches

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