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un normand témoigne de la catastrophe en Oregon

« La ville était en feu. Pour partir nous avons traversé les flammes et cette fumée noire qui se répandait partout ». Melody Picard a grandi à Havre, mais la Normande est installée aux États-Unis depuis plus de vingt ans maintenant. Et c’est dans la petite ville de Talent, dans l’Oregon, qu’elle vit avec son mari américain et ses deux fils. Elle a fait savoir à ses proches, via les réseaux sociaux, qu’elle était en sécurité. Cela s’en est approché. D’autres n’ont pas eu de chance.

Depuis des semaines, les incendies ravagent tout l’ouest des États-Unis, de la Californie à la frontière canadienne, en passant par l’Arizona, l’Oregon, Washington DC, l’Idaho et le Montana. Plus de deux millions d’hectares ont brûlé. « Le feu a tout ravagé dans l’Oregon. Un tiers de ma ville, Talent (6 500 habitants) sont partis en fumée. Le petit village de Phœnix où se trouve ma fromagerie a été presque détruit. Ici, 80 % des étudiants n’ont plus de logement. Tout le monde a été évacué. Il brûle encore sur des dizaines de milliers d’hectares », elle dit. D’autres témoins parlent de « scène d’apocalypse ».

Dans cette zone, la saison des incendies se terminait sans catastrophe notable après quatre mois sans pluie et une chaleur d’environ 40 degrés à l’ombre. « Nous pensions que nous étions chanceux », chuchote Melody. Mais un simple incendie, d’origine inconnue, au fond d’un jardin et des vents violents ont changé la donne dans l’Oregon, qui a déclaré l’état d’urgence. « J’ai vu la fumée au loin. Ensuite, l’électricité et Internet ont été coupés. J’ai appelé mon mari qui travaillait à 7 minutes en voiture d’ici. Il a mis deux heures pour rentrer chez lui. Toutes les routes de la vallée étaient en feu, réservées aux secours ou prises d’assaut par les habitants qui paniquaient et cherchaient à évacuer. J’ai préparé des choses, de la nourriture, les passeports … La lumière semblait suivre l’autoroute. C’était comme s’il était vivant et sautait vers le nord d’un endroit à l’autre. J’ai vu le ballet incessant des canadairs ». Mélodie et sa famille s’enfuient à leur tour. Une vingtaine d’amis ont perdu leur maison. Mélodie est allée voir si sa maison avait été épargnée. « Quand j’ai vu qu’elle était toujours là, j’ai pleuré », admet-elle en décrivant un paysage désolé coloré avec le rouge des produits ignifuges. Alors que tout brûlait à 300 mètres autour de son magasin, le commerce de fromage de la jeune femme est également relativement sûr. « Un incendie s’est déclaré, mais les bons samaritains l’ont éteint. J’ai réussi à récupérer une roue de mimolette … de Normandie ! » Le ton, volontairement léger comme pour résister au chaos environnant, laisse à nouveau place à l’angoisse.

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Plus d’un million d’évacuations

Mélodie évoque en gros les 50 personnes disparues, le nombre de morts encore incertain pour le moment, les incendies ont délibérément commencé à s’ajouter à la poursuite de la catastrophe, les arrestations, le manque de moyens des pompiers qui n’ont plus de matériel. .. « 1,5 million d’évacués … Et la Maison Blanche ne fait rien, ne dit rien ! Nous n’avons pas d’importance ! », crie la jeune femme, dégoûtée.

Elle pense également à l’avenir immédiat. Impossible de rentrer chez soi car le secteur n’a plus d’eau potable depuis que la station d’épuration a été touchée. « Les évacués sont rassemblés dans des gymnases, avec des amis. Il y a de grandes rencontres … A votre avis, que va-t-il se passer avec le Covid qui poussait déjà dans le comté ? » Les masques deviennent des denrées rares pour ceux qui ont tout perdu, mais sont doublement indispensables pour se protéger contre le virus, mais aussi contre les fumées qui continuent de saturer le ciel, irritant la gorge et les yeux. « L’indice de qualité de l’air, normalement à 50, est passé à 600. Il est irrespirable ».

Un nouveau danger se profile aujourd’hui selon la jeune femme. « Des milices se forment et s’arment soi-disant pour protéger la population des pillards. Ils disent que les incendies sont l’œuvre d’activistes antifascistes. C’est surtout la discrimination qui cible particulièrement les personnes de couleur. » Elle craint que la situation ne s’aggrave encore.

François Faure

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