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En Algérie, il n’est pas bon de montrer son soutien au journaliste Khaled Drareni

Suivi de près à l’étranger, le sort de Khaled Drareni ne laisse pas indifférent non plus. Algérie. Le jugement d’appel du directeur du site d’information Casbah Tribune, également correspondant de TV5 Monde et Reporters sans frontières (RSF), est attendu mardi 15 septembre à Alger. Condamné en première instance, le 10 août, à trois ans de prison pour “incitation au rassemblement non armé” et “atteinte à l’unité nationale”, le journaliste est jugé dans un climat de répression accrue.

En Algérie, où des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans le cadre du Hirak, le mouvement de protestation populaire du régime, au moins 46 personnes sont toujours derrière les barreaux pour crimes d’opinion. Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) recense régulièrement les convocations judiciaires de citoyens accusés d ‘«outrage au corps» ou d’ «atteinte à la personne du président» après des publications sur Facebook. Dans ce climat tendu, certains citoyens ont du mal à manifester ouvertement leur soutien à Khaled Drareni, arrêté le 7 mars alors qu’il couvrait une manifestation, quelques jours avant la suspension des marches en raison de l’épidémie de Covid-19.

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“Je connais des magistrats, des cadres qui sont dans les ministères depuis l’ère Bouteflika, et ils sont tous sur Facebook, cela m’empêche de montrer mon soutien à Drareni”, témoigne Fouad *, un Algérien très actif dans le milieu culturel: «J’ai beaucoup de connaissances affiliées à un parti proche du pouvoir qui m’ont envoyé des messages et des commentaires hostiles lorsque j’ai partagé mon opinion sur Khaled Drareni et Amira Bouraoui [une militante arrêtée puis remise en liberté provisoire]. » Ainsi, depuis qu’il a été arrêté il y a quelques mois en marge d’une manifestation du Hirak, Fouad surveille de près ses publications sur Facebook.

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“Pas loin de l’informateur”

Sur ce réseau social qui compte plus de 17 millions d’utilisateurs en Algérie, une campagne virulente a visé le journaliste de 40 ans, que certains accusent d’être un espion à la solde de puissances étrangères. Pour étayer leurs propos, ses détracteurs diffusent notamment un cliché de Khaled Drareni dans le bureau de Bernard Emié, ancien ambassadeur de France en Algérie et actuel directeur de la DGSE. La photo, recadrée et sortie de son contexte, a été prise lors d’un entretien télévisé accordé en 2017 par l’ancien diplomate à la chaîne Echorouk News TV … au moment où Khaled Drareni présentait le journal télévisé en français.

“Tout Algérien qui ose avoir une position critique vis-à-vis du pouvoir est vu de cette manière: on fait ressortir l’histoire de la main étrangère et ses prétendues relations avec la France”, explique le sociologue Nacer Djabi, signataire d’une pétition pour la libération du journaliste.

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Cependant, ces allégations sont relayées aux plus hauts niveaux. Le président Abdelmadjid Tebboune lui-même a repris l’affaire en mai dans une déclaration remarquable. Devant les responsables des médias algériens, il a laissé entendre, sans le citer, que le journaliste était “Pas loin de l’informateur”. Ingérence politique dans la justice dénoncée par les avocats de Khaled Drareni. «Ce communiqué de presse est basé sur de fausses informations sur le cas de notre client, qui ne fait pas l’objet de poursuites. [pour] espionnage ou toute autre accusation similaire “, a expliqué ce dernier dans un communiqué de presse.

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“Il y a une panne de courant dans les médias”

“Il a toujours une énorme sympathie pour les gens”, déclare le journaliste Zoheïr Aberkane, proche de Khaled Drarenui: « Mais il y a trois catégories de personnes: celles qui le soutiennent par conviction, celles qui le dénigrent et, entre les deux, celles qui ne savent rien de lui et qui écoutent le discours environnant. Et dans ce cas, la célèbre phrase de Tebboune a eu un impact énorme. “

D’autant que le cas du journaliste emprisonné est peu couvert par les grands médias algériens. «Il y a des gens qui ne regardent que les chaînes de télévision algériennes, et ils ne parlent pas vraiment de l’affaire Drareni. Ces personnes ont très peu ou pas d’accès à Internet, elles n’ont donc aucune idée de ce qui se passe », souligne un journaliste indépendant qui souhaite garder l’anonymat. «Il y a une coupure médiatique, dénonce également Zoheïr Aberkane. Les informations sur les détenus du Hirak ne peuvent être trouvées que sur Facebook, via la page CNLD et quelques sites. Dès le départ, les autorités ont compris que l’enjeu était les médias. Il en a profité en interdisant aux chaînes de télévision, en particulier privées, de couvrir le Hirak. “

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Pour la centaine de personnes – journalistes, militants et avocats – qui se sont rassemblées tous les lundis pendant quatre semaines dans les locaux de la Maison de la presse Tahar Djaout (qui regroupe la rédaction de plusieurs journaux d’Alger), cette affaire est un symbole de obstacles auxquels fait face la profession. En Algérie, accéder à plusieurs sites d’actualités est encore impossible sans l’utilisation d’un VPN.

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* Le prénom a été changé.

Marian Dufour

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